Délégationdes Hauts-de-Seine

Jean-Yves Quilin et Nanterre : la participation au cœur du projet

Jean-Yves Quilin est devenu responsable de l’équipe du Secours Catholique de Nanterre en janvier 2014 en remplacement de Martine Chenin, aujourd’hui bénévole référente de territoire. À la suite d’un forum des associations, il avait intégré l’équipe accompagnement scolaire en 2002 et en était devenu le responsable. Depuis plusieurs années, l’équipe de Nanterre cherche à favoriser l’implication des personnes accueillies dans ses activités et dans la définition de son projet. Jean-Yves nous parle aujourd’hui de cette expérience, de ce que cela a apporté à l’équipe et des difficultés qu’il a fallu dépasser.

Jean-Yves Quilin

Clotilde Caillaut : Qu’est-ce qui vous a poussé, vous et votre équipe, à vouloir impliquer les personnes accueillies ?

Jean-Yves Quilin : Je ne crois pas que ce soit un mouvement naturel, donc le fait qu’il y ait une structure comme le Secours Catholique qui dise que ça devrait probablement être une direction, c’est utile. À Nanterre, il y a de nombreuses formes de pauvreté. On a une forte demande et donc la première réaction est de passer son temps à répondre à cette demande matérielle, plutôt qu’à réfléchir à comment intégrer ce public, qui n’est pas demandeur, à notre démarche. C’est donc un effort.

CC : À quel moment et comment les personnes accueillies sont-elles consultées/impliquées dans les activités, la définition du projet d’équipe ?

JYQ : Martine, l’ancienne responsable, a pris l’initiative d’organiser un repas de début d’année avec des personnes accueillies. Le tout se fait ensemble : imaginer ce qu’on va faire, faire les achats en commun, chacun amène quelque chose. Nous faisons ça depuis trois ou quatre ans. On s’aperçoit qu’il faut laisser la place aux idées non prévues. Pendant le repas, l’aumônier a par exemple, à un moment, demandé à son voisin : « mais pourquoi tu ne nous chantes pas une chanson de ton pays ? ».

CC : Qu’est-ce que cela a apporté à l’équipe ?

JYQ : Ce qui en est ressorti, c’est une forme de lien qui, dans une large mesure, n’est pas le lien de personnes aidées-bénévoles, c’est un lien de personnes qui s’estiment. Quand le gars vient au forum des associations vous aider à monter et démonter le stand, quand il vient vous aider à vendre des bougies, quand il vient vous aider à vendre des bouquins, là il est franchement à égalité, il n’y a pas d’artifice.

CC : Qu’est-ce qui peut être difficile dans cette démarche ?

JYQ : Ce qui peut être un échec, c’est quand vous comptez sur quelqu’un pour quelque chose et qu’il ne vient pas. Étant donné la population à laquelle on s’adresse, il faut accepter qu’il y ait un certain taux de personnes à qui vous avez fait confiance et qui ce jour-là, ne viendront pas. C’est une population qui vit dans le danger permanent, ils ont à se battre toute la journée. Je trouve que ce lien avec cette population fragilisée, vulnérabilisée nous apprend beaucoup sur nos propres fragilités et nos propres vulnérabilités.

CC : En quoi cela est important pour vous ?

JYQ : On a commencé avec deux voies, le repas de début d’année et des messages pour la journée nationale et finalement on a parlé de la foire aux livres, de la ferme géante, du forum des associations, de la préparation des sorties scolaires. Ça a pris de l’ampleur. Autrement dit, c’est le premier pas qui coûte. Finalement aujourd’hui, après trois ou quatre ans d’expériences de ce type, l’idée est assez consensuelle. On parle aujourd’hui d’inviter une personne accueillie à la réunion du bureau. Je crois que le centre de tout ça, c’est de considérer ses propres vulnérabilités, ses fragilités, qui sont enveloppées dans un tissu de velours chez nous, et qui sont à nu chez les familles les plus durement éprouvées, mais qui quelque part sont les mêmes. C’est une idée difficilement acceptable.

Propos recueillis par Clotilde Caillault

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