Délégationdes Hauts-de-Seine

Témoignage pour le temps de carême

La maraude

Appelons-le Jean-Michel. Il pourrait aussi bien se prénommer Tonio, Pavel ou Mustafa. Ou Maria.

Ils ont tous travaillé, parfois beaucoup. Leurs corps gardent la trace de leurs efforts, de leur peine. Ils sont usés.

Et ils ne travaillent plus, ou pas beaucoup, ou de temps en temps. Et ils font la manche et ils vivent dehors, la journée. Pour certains, la nuit, aussi.

On les croise souvent assis, parfois avec un chien. Pour tromper la solitude, ils se regroupent, souvent en fin de journée, pour avoir quelqu’un avec qui parler. Se réchauffer. Et boire aussi. Parfois beaucoup.

Mais il ne faut pas juste baisser les yeux, il faut changer notre regard pour les voir en vérité.

Leur solitude, elle est dans cette famille qu’ils ont eue, qui s’est brisée, ces enfants qu’ils ne voient plus, alors qu’ils habitent parfois à quelques centaines de mètres.

Leur solitude, elle est aussi très matérielle, très concrète, pour celui qui dort sous le pont de Billancourt et qui n’aura parlé à personne dans la journée.

Leur solitude, elle est dans notre jugement : des « bons à rien », des « ivrognes », et puis aussi, des « étrangers ». Tous frères en Christ.

À Issy, quatre soirs par semaine, par équipe de deux, la maraude va à la rencontre de ces personnes à la rue, pour un temps de discussion : on prend des nouvelles, on donne des renseignements. Quand je dis, on donne, il faut comprendre : on échange. La maraude ne règle pas les problèmes de logement, de famille éclatée, d’alcool, de soins… Juste un petit geste contre la solitude.

Et si, en ce temps de carême, nous étions invités, chacun de nous, à être un peu un maraudeur ? Ce n’est pas compliqué : dans la rue, quand vous irez faire vos courses, ralentissez le pas, baissez le regard, ils sont là. Un sourire, un bonjour, et la solitude recule un peu. Chacun de nous peut le faire.

Alors, comme ce moine du désert, dites-vous : « Aujourd’hui, je commence ».

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